Yacouba Korbéogo (Président des tuteurs-marchands de bétail en Côte d’Ivoire):«Nous sommes inquiets…»

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A quelques jours de la fête de la Tabaski 2012 et en prélude aux fêtes de fin d’année, Côte d’Ivoire Artisanat et PME est allé à la rencontre de M. Yacouba Korbéogo, président des tuteurs-marchands de bétail de Côte d’Ivoire. Il nous parle de  la corporation, des rapports avec le ministère du Commerce et de l’approvisionnement du marché ivoirien. Sans faux-fuyant, il se déclare inquiet à ce propos, en raison de l’offre des pays comme le Ghana ou le Nigeria.   

 

Pouvez- vous vous présenter à nos internautes ?

Je suis Yacouba Korbéogo, président des tuteurs-marchands de bétail en Côte d’Ivoire.

En quoi consiste votre travail ?

Notre travail consiste à recevoir les animaux venant de l’hinterland et à les mettre sur le marché, également à héberger les éleveurs qui viennent avec leurs troupeaux.

Depuis combien d’années l’association des tuteurs marchands existe-t-elle ?

L’association des tuteurs marchands existe officiellement depuis quatre (4) années. Auparavant, nos pères exerçaient ce métier de façon informel sur le site de l’actuel hôtel Ivoire puis de la gare à Treichville.

De combien de membres se compose le bureau de votre association ?

Le bureau est composé de quatre (4) vice-présidents, un Ivoirien, un Mauritanien, un Burkinabé, un Malien, un secrétaire et un commissaire au compte. Tous les pays qui commercialisent du bétail en Côte d’Ivoire y sont représentés. Sont également membres de l’association les éleveurs qui vendent leurs bêtes en Côte d’Ivoire. L’association travaille en bonne intelligence avec le président du parc et le conseil des sages qui intervient pour régler les problèmes pouvant surgir entre les éleveurs.

D’où est-ce-que vous provient le bétail et comment se fait l’approvisionnement du marché?

Nous recevons le bétail de l’extérieur, précisément du Burkina Faso, du Mali, du Niger et de la Mauritanie. Nous avons de bons contacts avec les commerçants de ces pays. Ils nous informent de leur arrivée à des dates précises. Par conséquent, nous avons le nombre exact de bêtes qui arrivent. A leur arrivée, nous nous chargeons du débarquement. Compte tenu du fait que le voyage dure deux (2) à trois (3) jours, nous attendons un (1) ou deux (2) jour(s), le temps que les bêtes reprennent des forces pour procéder à la commercialisation.

Comment se fait la prise en charge des éleveurs ?

Après qu’ils aient franchi la frontière, les éleveurs sont à notre charge pour toutes les formalités, quelque soit ce qui se passe, jusqu’à Abidjan. Nous nous chargeons de les héberger, de les nourrir et de les accompagner dans la commercialisation de leur bétail. Nous faisons un travail de courtier, ce que beaucoup de personnes ignorent au point de nous accuser de faire de la surenchère.

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Comment sont rétribués vos services de courtier de bétail ?

Nous percevons cinq mille (5000) francs CFA par tête sur le bétail. C’est avec cet argent que nous nous occupons de l’hébergement, de la nourriture des éleveurs ainsi que de bien d’autres choses. Lorsque les bouchers auxquels nous confions la vente d’un animal sont défaillants, c’est encore nous qui servons de garantie pour rembourser l’éleveur.

Quels sont vos rapports avec le ministère du commerce et le ministère des ressources halieutiques ?

Il existe de bons rapports entre ces deux ministères et nous. Ces ministères veulent que nous quittions l’informel pour aller vers une organisation formelle qui disposerait d’un agrément. Sur ce point, les discussions se poursuivent.

Pouvez-vous garantir l’approvisionnement du marché pour les fêtes de fin d’année ?

Nous sommes inquiets en ce qui concerne l’approvisionnement du marché ivoirien pour les fêtes. Le bétail se fait rare sur les marchés de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Il y a deux (2) ans, nous avons effectué une tournée de sensibilisation en compagnie du ministre du commerce dans la sous région, les moutons sont arrivés et n’ont pu être écoulés. Le même scenario s’est produit l’année dernière. Les éleveurs ont été contraints de vendre à perte. Tout ceci a eu pour conséquence de les décourager. Certains ne veulent plus revenir. D’autres se sont reconvertis en orpailleurs. La filière a en outre, été confrontée à la sécheresse. Au Burkina Faso aujourd’hui, la pintade se négocie à 3500 francs CFA…

Ce qui suppose une augmentation des prix en Côte d’Ivoire alors ?

Les prix ont déjà augmentés. Ce que refusent d’admettre les gens. Le kilogramme de viande se vend à l’abattoir de Port-Bouet à 2200 francs CFA. Au Burkina Faso, il coûte 2800 francs CFA.

Comment cela s’explique-t-il ?

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Je vais vous le dire. A Bobo-Dioulasso, une ville qui compte un million d’habitants  environ, les bouchers ne peuvent pas abattre plus de cent bêtes par jour. En outre, les éleveurs préfèrent vendre leurs bétails au Ghana ou au Nigeria, où les prix pratiqués sont plus intéressant pour eux. Le kilo de viande s’y négocie entre 3000 francs CFA et 3500 francs CFA. Voilà la réalité.

Avez-vous fait des propositions à la tutelle en vue d’améliorer les choses ?

Suite à une rencontre que nous avons eu avec le ministre du commerce, le comité interministériel a pris la décision de rendre effective la fluidité routière. Cette mesure devrait impacter le prix du kilogramme de viande. Malheureusement, c’est le coût de revient de l’animal qui est cher. Une bête bien en chair coûte entre 300.000 francs CFA et 400.000 francs CFA au Burkina Faso. Ce qui n’était pas le cas avant. L’alimentation du bétail coûte cher aujourd’hui. Nous sommes obligés d’acheter la nourriture pour bétail aux Grands Moulins  d’Abidjan pour l’expédier au Burkina Faso. Ce qui ne se faisait pas.

Quelles sont vos attentes et souhaits ?

Nous souhaitons que l’Etat de Côte d’Ivoire nous écoute. Que l’Etat nous aide à promouvoir l’élevage. C’est la solution à la cherté de la viande.

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